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QUAND WALL STREET ATTAQUE L’ITALIE, L’EUROPE VOLE AU SECOURS DE…WALL STREET !

10 Novembre 2011 , Rédigé par forumsi Publié dans #Quand Wall Street attaque l'euro...

Berlusconi-et-Merkel.jpg

Extrait du Figaro des 5 et 6 novembre 2011 :

 

« L’ITALIE SOUS TUTELLE DE L’EUROPE ET DU FMI

 

« (…) José Manuel Barroso a confirmé hier, en marge du G20, que Bruxelles allait envoyer une équipe d’inspecteurs à Rome pour contrôler l’avancée des réformes en Italie. (…).

« (…) il aura fallu deux jours d’intenses tractations en coulisses pour que l’Allemagne, la France, les Etats-Unis, Bruxelles et le FMI persuadent Silvio Berlusconi d’ouvrir son pays à ces contrôles stricts. Car plus que jamais l’Europe et, par ricochet, les Etats-Unis veulent circonscrire l’incendie de la crise de la dette qui ravage la zone euro.

 

« Or, l’Italie, avec ses 1 900 milliards d’euros de dette, dont le taux à dix ans a atteint hier pour la deuxième journée d’affilée 6,40 % (trois fois plus cher que l’Allemagne) est clairement dans la ligne de mire des marchés. (…).

« (...) Ils (les inspecteurs de la Commission européenne) seront chargés d’établir un rapport régulier. La venue d’inspecteurs du FMI renforcera nettement leur pouvoir. (…).

« Cette double validation devrait rassurer les investisseurs, espère Bruxelles. Même si dans les coulisses du sommet de Cannes, tout le monde confie que le meilleur moyen d’y parvenir consisterait à changer de gouvernement ».

 

 

Le commentaire de ForumSi :

 

QUAND WALL STREET ATTAQUE L’ITALIE, L’EUROPE VOLE AU SECOURS DE…WALL STREET !

 

Nos « grands » médias sont très avares d’informations vraiment intéressantes en ce qui concerne la crise en cours, ses causes profondes et ceux qui en profitent. Cette constatation est particulièrement appropriée dès lors que l’on s’intéresse au cas de l’Italie, dont les statistiques officielles nous disent qu’elle est la septième puissance économique du monde et la troisième de la zone euro. A ce titre, elle mériterait beaucoup mieux que les informations qui sont généralement diffusées à son sujet, et qui se bornent finalement à nous dire qu’il s’agit d’un pays très endetté, qui n’a donc que ce qu’il mérite avec les taux d’intérêt élevés dont le gratifient les « investisseurs », et qui, surtout, persiste à accorder sa confiance à Silvio Berlusconi, un président du Conseil parfaitement ridicule qu’il faut pousser à la démission si l’on veut restaurer la confiance des « marchés ».

 

L’ITALIE VICTIME D’UNE ATTAQUE SPÉCULATIVE

 

La réalité est bien différente. Berlusconi, tout d’abord, est un personnage beaucoup plus intelligent et complexe que la caricature qui est régulièrement livrée à l’opinion. D’ailleurs, croit-on qu’un peuple aussi fin que le peuple italien aurait aussi souvent rappelé Berlusconi aux affaires si celui-ci était vraiment conforme à cette caricature ? Quant à la hausse de taux d’intérêt ayant récemment frappé la dette souveraine italienne, elle n’est pas, comme on veut nous le faire croire, le châtiment venant légitimement frapper un peuple futile et son non moins futile « Premier » (comme disent souvent les Italiens, à la façon des Anglais, pour désigner le chef de leur gouvernement). Elle est, tout simplement, le résultat d’une attaque de spéculateurs, attaque dénoncée comme telle par Berlusconi (qui précisa qu’elle était d’autant plus grave que la dette italienne était insupportablement lourde) lors d’un discours devant les députés italiens, un discours totalement ignoré de nos « grands » médias, mais dont quelques extraits ont fort heureusement été présentés, il y a quelques jours lors de la très inégale émission « C dans l’air » de France 5.

 

A cette même émission, participait un journaliste italien qui rappela que, de même que la dette souveraine japonaise est essentiellement détenue par des Japonais, celle de l’Italie l’est essentiellement par des ménages italiens. Cette remarque a son importance, car un Etat dont la dette est majoritairement détenue par ses nationaux, c’est-à-dire par des investisseurs en principe stables, est a priori moins exposé aux actions hostiles qu’un Etat dont la dette sert d’instrument spéculatif à des capitalistes financiers installés dans différentes parties du monde. Mais cela n’est pas un élément de stabilité suffisant lorsque la dette atteint des montants colossaux, comme c’est le cas avec l’Italie, d’où cette précision apportée par Berlusconi que la gravité de l’attaque était proportionnelle au poids de la dette. Dans la situation de l’Italie, en effet, même si la plus grande partie de la dette est détenue par des ménages italiens, la détention d’une portion, même faible, de cette dette, dont le montant global est de 1 900 milliards, d’euros suffit aux spéculateurs pour disposer là d’une arme leur permettant, lorsqu’ils le souhaitent, de déstabiliser le pays endetté.

 

Or, c’est bien à une manœuvre déstabilisatrice de ce type que l’Italie a été confrontée, au moment même -et ce n’était certainement pas un hasard- où se tenait le dernier G20. Bien qu’il soit, là encore, extrêmement difficile d’obtenir des informations sérieuses et complètes à ce sujet, il semble, toujours d’après le journaliste italien invité de « C dans l’air », que l’attaque spéculative ait commencé par une vente massive de bons du trésor italien détenus par les spéculateurs, ce au moment même où les autorités italiennes mettaient elles-mêmes en vente des titres destinés à couvrir les prochains besoins en trésorerie du pays. L’action des spéculateurs eut évidemment pour effet de saboter totalement les conditions de la vente organisée par les autorités italiennes, avec, semble-t-il (car, là encore, l’absence quasi-totale d’informations à ce sujet oblige à faire des hypothèses), une dégradation mécanique du rendement attendu des titres ainsi mis en vente obligeant ces mêmes autorités à augmenter très sensiblement le taux d’intérêt attaché à ces titres. Et c’est ainsi que l’on se retrouva, le 4 novembre, avec un taux de 6,40 %, évidemment bien supérieur à ce que souhaitaient les autorités italiennes : les spéculateurs avaient donc réussi leur coup !

 

QUI SONT LES SPÉCULATEURS ET CE QUE RECHERCHENT-ILS ?

 

A ceux qui douteraient de la réalité de cette attaque spéculative, on rappellera les éléments suivants :

 

-l’attaque s’est produite dans les premiers jours de novembre, au moment précis où le gouvernement italien cherchait à vendre des titres pour alimenter sa trésorerie : ce n’est certainement pas un hasard et l’objectif des spéculateurs était ici, clairement, de saboter la vente en cours en provoquant une forte hausse des taux contribuant à fragiliser encore la situation de la dette souveraine italienne ;

-elle s’est également produite au moment du dernier G20, amenant les dirigeants qui y étaient réunis à mettre l’Italie sous tutelle et à souhaiter ouvertement la démission de Berlusconi (lequel fut traité de manière indigne, en particulier par Sarkozy) : là aussi, cette mise sous tutelle et cet appel à la démission correspondaient certainement aux souhaits des spéculateurs, dans la mesure où ils contribuent à créer un climat favorable à l’affaiblissement de l’euro, affaiblissement qui, on le verra plus loin, est leur objectif principal ;

-pour répondre, enfin, à ceux qui souligneraient que, la dette italienne représentant 121 % de son PIB (pourcentage prévu pour 2011), il était inévitable qu’il y eût la forte hausse des taux du 4 novembre, on rappellera que, d’après un graphique publié en même temps que l’article du Figaro cité plus haut, le ratio dette / PIB était déjà de    116 % en 2009 et de 119 % en 2010 : comment se fait-il que les « marchés » aient attendu novembre 2011 pour réagir aussi fortement ?

-last, but not least, est-ce également un hasard si l’affaire italienne survient juste après le supposé règlement de l’affaire grecque ?

 

Non, décidément, tout ceci montre à l’évidence que Berlusconi a eu raison de parler d’attaque spéculative. Mais qui sont donc les spéculateurs en question ? Le Monde daté du 10 novembre lève une partie du voile en indiquant que des banques françaises ont vendu, ces derniers jours une partie de leurs avoirs en bons du trésor italien. C’est certainement exact, mais ce ne sont certainement pas ces banques françaises qui ont créé l’attaque spéculative visée par Berlusconi. D’une part parce qu’elles ont plutôt l’habitude de suivre, et non de créer, ce type de mouvement. D’autre part parce que, à l’exception peut-être de BNP Paribas, elles n’ont pas la taille requise pour lancer un mouvement spéculatif d’une telle ampleur. Force est donc de se tourner vers les acteurs financiers qui disposent de cette capacité, soit les cinq ou six établissements américains qui, d’après M. Jouyet, président de l’AMF, donnent le ton sur les marchés financiers (cf. notre commentaire du 20 octobre). Ces établissements sont assez aisément identifiables et comprennent très certainement les inévitables Goldman Sachs et Fonds Soros, ainsi que, peut-être, JPMorgan, Citigroup, Morgan Stanleyet Bank of America, le tout en association, pour faire bonne mesure, avec quelques fonds américains spécialisés dans la spéculation.

 

Et pourquoi ces établissements de Wall Street s’en sont-ils pris à l’Italie ? Vraisemblablement parce qu’ils y voyaient un moyen d’affaiblir l’euro, cet euro qui reste quand même une monnaie forte (la valeur d’un euro est tout juste inférieure à 1,40 dollar), ce qui ne peut que contrarier le monde financier américain, habitué depuis trop longtemps à la toute-puissance du dollar, une toute-puissance qu’il souhaite restaurer dans son intégralité. Mais pour cela, il faut abattre l’euro et certains banquiers de Wall Street ne cachent même pas qu’il s’agit là de l’un de leurs objectifs : toujours dans Le Monde daté du 10 novembre, on peut ainsi lire que Goldman Sachs est résolument favorable à la disparition de l’euro.

 

EUROPE, RÉVEILLE-TOI !

 

L’origine de l’attaque est donc très probablement parfaitement claire. Elle vient très vraisemblablement des gnomes de Wall Street (pour reprendre l’expression du Premier travailliste Harold Wilson, parlant, en 1964, des « gnomes de Zurich » spéculant contre la livre sterling). Or, qu’ont fait les responsables européens à l’occasion du G20 ? Plutôt que de défendre l’Italie, l’euro et l’Europe, ils se sont empressés, en petits caniches disciplinés, de demander à l’Italie de prendre des mesures d’austérité, comme si l’exemple de la Grèce, enfoncée dans la récession, la misère et le désespoir, ne montrait pas la totale absurdité de telles mesures. Non, M. Sarkozy, non, Mme Merkel, ce n’est pas une cure d’austérité qu’il faut à l’Europe, c’est une cure de croissance, de réindustrialisation et de relocalisation ! Et c’est aussi une cure de fierté européenne : car quand donc demanderez-vous des comptes aux Etats-Unis, dont les subprimes sont directement responsables de la crise où l’Europe est plongée depuis fin 2008 ? Oui, décidément, vous n’êtes pas à votre place et l’Europe a grandement besoin d’être dirigée par de véritables hommes d’Etat et non plus par les représentants de l’atlantisme le plus ringard !

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