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« CREDIT DEFAULT SWAPS » : LE SCANDALE DES « CDS », ÇA VA DURER JUSQU’À QUAND ?!

15 Novembre 2012 , Rédigé par forumsi Publié dans #Quand Wall Street attaque l'euro...

Wall Street 2

 

Extrait du site lemonde.fr, le 12 novembre 2012 à 14 heures 24 :   

 

« DÉSAMORCER LA BOMBE 

 

« (…) Ce n'est pas la finance qui a tué le monde d'avant 2008, mais la folie de financiers qui, au lieu de s’asseoir tranquillement, ont poussé toujours plus loin leur avantage, pour gagner toujours plus. Ainsi est née l'innovation financière dont nous n'avons pas fini de payer les conséquences. (…).

 

« Rien ne résume mieux cette malédiction que cette étrange catégorie de produits financiers que les Anglo-Saxons ont baptisés de l'acronyme CDS, pour "credit default swap". Il s'agit tout bonnement d'un contrat d'assurance contre le non-remboursement d'un prêt. L'idée n'était pas absurde, de vouloir protéger les créanciers, comme on protège les automobilistes des conséquences d'un accident. (…).

 

« Pas de régulation de l'offreur, pas de fonds de garantie pour activer le remboursement en cas de sinistre. Ce produit est un leurre. On peut en créer autant que l'on veut et on peut se l'échanger sous le manteau à des prix qu'aucune autorité ne certifie. Les banques ont ainsi bâti des fortunes en s'échangeant ces certificats, comme on joue au mistigri en espérant juste ne pas être le dernier possesseur.

 

« Ce faisant, elles ont construit et manipulé une bombe chimique. Le taux de ces produits virtuels a influé largement sur l'envolée des taux, bien réels, des dettes grecque, italienne ou espagnole, aggravant leur crise.

 

« Pourquoi ne pas les interdire alors ? Parce que le produit s'est disséminé partout et a atteint des proportions considérables, mettant en jeu des milliers de milliards de dollars. Mais aussi parce que les Etats ont, eux aussi, été contaminés, fermant les yeux sur ces pratiques en échange du rachat par les banques des dettes souveraines. (…) ».

 

Le commentaire de ForumSi :

 

« CREDIT DEFAULT SWAPS » : LE SCANDALE DES CDS, ÇA VA DURER JUSQU’À QUAND ?!

 

Enchantés par les conséquences de la titrisation des subprimes (cf. nos articles et commentaires regroupés sous la rubrique « Quand Wall Street attaque l’euro »), les gnomes de Wall Street ont mis au point un autre produit financier, le « credit default swap », couramment désigné par l’acronyme « CDS », et que l’on pourrait traduire par « contrats échangeables sur risque de crédit ».

 

LE MODE DE FONCTIONNEMENT DES CDS ET SES CONSÉQUENCES

 

L’article du monde.fr décrit assez clairement le mode de fonctionnement des CDS, dont on retiendra les éléments suivants :

 

-un CDS est un contrat d’assurance garantissant, en principe, un créancier contre les risques de non-remboursement d’un prêt par son bénéficiaire ;

-le CDS n’est pas proposé par un assureur professionnel et ne comporte donc aucune garantie de couverture effective du risque en cas de défaillance du débiteur ;

-il est « échangeable », c’est-à-dire qu’il a été, en quelque sorte, « titrisé », comme l’avaient été les subprimes ;

-n’étant pas garanti, il n’a aucune valeur intrinsèque et est donc un « leurre », comme l’écrit lemonde.fr ;

-il est, par conséquent, un produit purement spéculatif qui, comme les subprimes titrisées et grâce à la dérégulation du marché financier mondial, circule dans le monde entier ;

-les banques qui détiennent des CDS cherchent évidemment à s’en défaire au prix le plus élevé, d’où résulte mécaniquement une hausse des taux d’intérêt, par exemple dans le cas de prêts aux Etats, puisque les prêteurs devront à tout prix acquérir l’assurance censée les garantir contre la défaillance du débiteur, et majoreront en contrepartie les taux de leurs prêts ; c’est ainsi qu’ont été artificiellement majorés « les taux (…) des dettes grecque, italienne ou espagnole, aggravant leur crise ».

 

Si l’on se place dans le cadre qui nous intéresse naturellement, celui de la zone euro, le résultat de ce brillant montage est potentiellement le même que celui constaté lors de l’éclatement de la crise des subprimes : les banques détentrices de CDS ont dû les comptabiliser dans leurs actifs, qui contiennent ainsi des valeurs toxiques, d’où résulteront des pertes dès lors que sera constatée la valeur inexistante des CDS comptabilisés.

 

Si ces pertes sont importantes, les établissements européens concernés feront valoir un risque de faillite et demanderont l’aide de l’Etat, lequel devra s’endetter pour apporter cette aide. De cet endettement naîtra une aggravation de la crise de la dette souveraine, avec hausse des taux, plans d’austérité renforcés, accroissement des tensions à l’intérieur de la zone monétaire et nouvelle fragilisation de l’euro.

 

LES MESURES À PRENDRE POUR RIPOSTER À L’AGRESSION DE WALL STREET

 

Tout ceci est maintenant bien classique, hélas ! Mais quel est, au fait, l’impact potentiel des CDS ? Pour l’évaluer, on se reportera au cahier « Eco et entreprise » du Monde daté du 13 novembre, qui donne, en milliards de dollars, le montant des CDS bruts par pays en septembre 2012. En ce qui concerne la zone euro, les montants de CDS se présentent comme suit :

 

Pays concernés dans la zone euro

CDS en milliards de dollars

CDS en milliards d’euros (1 € = 1,2726 $)

Italie

378

297

Espagne

201

158

France

168

132

Allemagne

148

116

Grèce

80

63

Portugal

69

54

Belgique

65

51

Autriche

58

46

Irlande

48

38

Total

1 215

955

 

L’impact potentiel des CDS dans la zone euro est donc proche de 1 000 milliards d’euros ! Un montant astronomique, une fois de plus, qui risque d’aggraver encore la crise actuelle, due à la titrisation des subprimes et à ses conséquences financières, économiques et monétaires. Et Le Monde nous dit qu’il serait dangereux d’interdire brutalement les CDS ! C’est de les maintenir en activité, bien au contraire, qui relève de l’inconscience, car, derrière le scandale des CDS, il y a des peuples qui souffrent, des économies qui vacillent, la misère qui s’installe et l’Europe qui entre en récession.

 

Devant cet énorme scandale, il est d’ailleurs ahurissant de voir, une fois de plus, à quel point les dirigeants européens restent sans réaction en face de cette nouvelle malversation des gnomes de Wall Street. Qu’attend-on, non seulement pour interdire les CDS, mais aussi pour interdire toute activité, en Europe, des établissements américains qui les ont diffusés ? Qu’attend-on pour demander des comptes aux Etats-Unis ? Et pourquoi ne pas déduire les montants en cause, une fois constatée la non-valeur des CDS, de la dette souveraine due aux banques américaines, comme nous recommandons de le faire dans le cas des subprimes (cf. notre commentaire du 6 octobre) ? Les dirigeants européens et la Commission européenne (qui, en l’occurrence, mériterait plutôt d’être baptisée « Commission anti-européenne ») se décideront-ils un jour à défendre les intérêts des peuples européens ?!

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