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LE « CHE », LA POLITIQUE SALARIALE ET LE SOCIALISME IDENTITAIRE

17 Décembre 2019 , Rédigé par forumsi Publié dans #Je suis partout !

LE « CHE », LA POLITIQUE SALARIALE ET LE SOCIALISME IDENTITAIRE

France 5, le 1er décembre à 22 heures 20, a diffusé un documentaire intitulé « Che Guevara, naissance d’un mythe », documentaire très intéressant et très dense, fourmillant d’éléments rarement revus, dont un saisissant discours du « Che » devant l’Assemblée générale de l’ONU. Il rappelait également que, sur le plan idéologique, Cuba avait connu un débat « comme on n’en avait pas vu depuis les années 20 en Russie bolchevique », concernant, cette fois-ci, la politique salariale à mettre en œuvre dans le pays de la révolution castriste. Ce débat opposait, d’une part, les tenants d’une ligne présentée comme « stalinienne », partisans, semble-t-il, d’une différenciation des salaires en fonction des tâches, et, de l’autre, le Che, ministre de l’Industrie touchant le salaire d’une secrétaire, occupant ses loisirs en allant travailler avec les ouvriers et appelant de ses vœux la naissance d’un « homme nouveau », lequel s’investirait dans son travail, non pas pour « gagner plus », comme aurait dit Sarkozy, mais par dévouement à la collectivité de ses camarades.

 

Dans cette optique, la politique salariale n’est vraiment d’aucune utilité : à la limite, les salaires sont égaux, et cela n’a aucune importance, au fond, puisque les gens travaillent alors pour d’autres raisons que celle de ramener un revenu maximal.

 

De là à prôner l’égalité des salaires, il n’y a qu’un pas, qui ne concerne pas seulement les disciples du Che, mais aussi bien des camarades de notre camp, justement hérissés contre l’intérêt écrasant porté, de nos jours, aux biens matériels, et d’ailleurs assez bien disposés vis-à-vis de la figure révolutionnaire du Che, car ce communiste avait aussi su aller au bout de ses idées, perdant la vie à la suite d’un combat mené au milieu de ses guérilleros, destin auquel tout militant d’extrême droite est en général sensible, comme Jean Cau l’avait montré, par exemple, en écrivant « Une Passion pour Che Guevara », ou bien notre camarade Adinolfi dans le texte que nous avions reproduit dans notre article du 1er décembre 2016.

 

LE SOCIALISME IDENTITAIRE INSCRIT L’IDÉAL DANS LA RÉALITÉ

 

Mais, au-delà de la sympathie que l’on peut éprouver pour la personnalité romantique et le courage du Che, que faut-il penser, en définitive, d’une politique d’égalité salariale ? Une telle politique est-elle applicable, comme le pensait le révolutionnaire cubain ? Pour répondre à cette question, il faut prendre un cas pratique. Imaginons une entreprise et, à l’intérieur de celle-ci, un atelier où travaillent quelques personnes partagées en deux équipes autonomes. Pour améliorer son organisation afin de renforcer sa productivité, la direction estime qu’elle doit faire coiffer les deux équipes par un même chef, et lance un appel à candidature afin que l’un des membres des deux équipes se porte volontaire pour occuper le nouveau poste. Dans l’optique de l’« homme nouveau » chère au Che, la direction ne devrait avoir aucune difficulté à trouver des candidats sans proposer aucune augmentation de salaire. Mais en sera-t-il de même dans la réalité ?

 

Dans la réalité, même celle de l’« homme nouveau », il n’y a pas que des saints laïcs et héroïques à la Guevara. Car les saints et les héros, nous le savons, forment une élite forcément très minoritaire : le peuple l’admire, le peuple s’en inspire, mais il ne peut en avoir toutes les vertus, même si cette élite l’oriente dans une direction autrement enrichissante que celle de la médiocrité matérialiste du système capitaliste. La conséquence, pour en revenir au problème posé à nos deux ateliers, en est que l’appel à candidature peut très bien rester sans réponse, tout simplement parce que ceux auxquels il s’adressera, même s’ils sont bien disposés à l’égard d’un idéal révolutionnaire, ne seront pas forcément motivés pour s’impliquer dans un changement professionnel radical, avec tout ce que cela comporte comme dépense d’énergie supplémentaire, comme difficultés d’adaptation et comme prise en charge de responsabilités nouvelles.

 

Alors, pour débloquer la situation, on peut être amené à attacher une augmentation salariale au poste à pourvoir. Dès lors, on entre ainsi dans un processus de différenciation salariale, dont on peut dire qu’il est expérimentalement incontournable. Il ne s’agit évidemment pas d’aboutir à une échelle des salaires injustifiés : les salaires démentiels d’un Ghosn, par exemple, qui ne correspondent à rien, sont bien entendu à proscrire, et l’écart entre le bas et le haut de l’échelle doit correspondre à ce qui est strictement nécessaire pour permettre la circulation des compétences, étant précisé que le salaire le plus bas devra être calculé de façon à permettre au travailleur de subvenir correctement aux besoins de sa famille, et que les hausses salariales seront strictement réservées à ceux qui apportent un service à la collectivité, et certainement pas à ceux qui, comme c’est majoritairement le cas en économie libérale, s’enrichissent aux dépens de leurs compatriotes. Ainsi peut-on poser les principes d’un socialisme identitaire dans le domaine salarial, un socialisme identitaire qui s’inscrit dans la perspective d’un idéal, mais dont le réalisme permet également d’affirmer qu’il est possible de l’inscrire dans le développement de la vie économique et sociale : n’est-ce pas là ce qui manquait à la démarche du Che ?

 

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