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UKRAINE : QUAND DES NATIONALISTES RUSSES SOUTIENNENT…PRAVIY SEKTOR !

13 Mars 2016 , Rédigé par forumsi Publié dans #La crise ukrainienne depuis fin 2013

UKRAINE : QUAND DES NATIONALISTES RUSSES SOUTIENNENT…PRAVIY SEKTOR !

Revenons à la question ukrainienne. Nous publions ci-dessous des extraits d’un reportage déjà ancien du Figaro, qui donne d’intéressantes précisions concernant l’analyse de cette question par une partie des nationalistes russes : comme nos lecteurs vont pouvoir le constater, ça sort des sentiers battus.

Extrait du Figaro du 5 novembre 2015 (Pierre Avril, correspondant à Moscou) :

« LES NATIONALISTES RUSSES À LEUR TOUR EN DISGRÂCE »

« RUSSIE Après les opposants libéraux à Vladimir Poutine, c’est au tour de la mouvance nationaliste russe de plonger dans la marginalité. Mercredi, jour de l’Unité de la nation, connu depuis dix ans comme le rendez-vous annuel des mouvements radicaux, ils n’étaient que quelques centaines à défiler dans un quartier-dortoir de Moscou aux cris de ‘’liberté pour le peuple russe’’ et ‘’à bas le régime des tchékistes’’. En 2011, à la veille du retour au Kremlin de Vladimir Poutine, près de 20 000 personnes avaient participé à cette traditionnelle ‘’marche russe’’. ‘’Ce sera peut-être notre dernière édition. D’ici à l’élection présidentielle de 2018, on s’attend à un grand nettoyage de l’opposition’’, pronostique l’un des organisateurs, Anton Smirnov. Cet ancien militaire sert la main de responsables du Bloc Noir, dont les membres scandaient il y a dix minutes : ‘’Non aux Tchétchènes, aux Tadjiks et aux Chinois. Qui est responsable ? Poutine ! Qui va corriger ça ? Les nationalistes ! Le sang, la patrie, la foi !’’

La veille de la manifestation, l’un des leaders d’extrême droite, Dmitri Demouchkine, avait été convoqué à Vologda pour un interrogatoire (…). Accusé d’‘’extrémisme’’, son mouvement, ‘’Les Russes’’, a été interdit le 28 octobre. (…).

Des mouvements divisés

Lors de sa campagne présidentielle de 2012, Vladimir Poutine avait longuement dénoncé les ‘’provocateurs’’ nationalistes, qui ‘’avancent des arguments entièrement faux, comme le droit des Russes à l’autodétermination ou la pureté de la race’’. Ces humeurs nationalistes, que le Kremlin a pourtant encouragées durant la crise ukrainienne, se sont dissoutes à la faveur de la guerre du Donbass. Le mouvement s’est alors divisé entre pro-russes et pro-ukrainiens, les premiers défendant la suprématie de leur pays, les seconds le berceau du monde russe, situé à Kiev. Aujourd’hui, par exemple, le groupuscule Bloc Noir sympathise avec le mouvement d’extrême droite ukrainien Praviy Sektor. ‘’Je soutiens les gens de Donetsk, mais d’autres pensent différemment. Le pouvoir cherche à nous diviser’’, regrette Vladimir, un manifestant brandissant un drapeau impérial. »

Le commentaire de ForumSi :

UKRAINE : QUAND DES NATIONALISTES RUSSES SOUTIENNENT…PRAVIY SEKTOR !

Il nous a été confirmé, récemment, que de nombreux nationalistes russes (qui devaient être présents à la manifestation de 2012, à Moscou, dont la photo figure ci-dessus) soutenaient Praviy Sektor, parce qu’ils considéraient que, l’Ukraine étant effectivement le « berceau du monde russe », là était le cœur de l’authentique Russie, trahie par Poutine. Il s’agit donc pour eux d’un retour aux racines, en quelque sorte, d’où pourra partir la reconstruction d’une Russie qui n’est plus elle-même, à cause de la politique de Poutine.

Mais que lui reprochent-ils exactement, à cette politique : en quoi Poutine a-t-il trahi l’authentique Russie ? Là encore, nous nous appuierons sur le témoignage de camarades allés sur place, lesquels nous disent que les nationalistes russes reprochent à Poutine de ne pas défendre l’identité russe, comme le montre, par exemple, l’inauguration, à Moscou, en présence de Poutine, de la plus grande mosquée d’Europe, ou encore le rôle majeur attribué à un personnage aussi louche que Kadyrov, islamiste notoire et président de la Tchétchénie.

D’ailleurs, puisque l’on vient de parler de la Tchétchénie, on notera que le reproche central adressé par les nationalistes russe à Poutine est que sa politique facilite la circulation et l’installation, en Russie, de populations non russes (et non spécifiquement européennes) et met ainsi en péril l’identité russe. Et l’on ajoutera que c’était un reproche que Soljenitsyne adressait déjà aux autorités soviétiques, dans sa Lettre aux dirigeants de l’Union soviétique (1974). Les mauvaises habitudes soviétiques continuent donc de peser lourdement sur la politique actuelle du Kremlin.

Si l’on ajoute à cela l’accord conclu avec Israël, dont la manifestation la plus évidente a été l’absence totale de réaction de Moscou lors de la dernière agression contre Gaza, absence de réaction qui était totalement contraire à la tradition diplomatique russe, on comprend que des nationalistes russes aient fini par se tourner vers Praviy Sektor, véritable cœur de ce « berceau » de l’identité russe qu’est l’Ukraine. Et certains sont allés jusqu’au bout de leurs idées, dans ce domaine, ainsi que le montre l’exemple du Régiment Azov. Comme l’on sait, ce régiment, l’un des seuls à représenter une vraie -et redoutable- force combattante au sein de l’armée ukrainienne, est une émanation directe de Praviy Sektor. Les nationalistes russes connaissent évidemment cette caractéristique et nombre d’entre eux, désireux de défendre une identité russe qui n’est plus défendue par la Russie officielle, se sont engagés dans le Régiment Azov. Cet engagement nous a été confirmé par un camarade qui, visitant une base de ce régiment, nous a indiqué que l’on n’y parlait quasiment que le…russe !

Compte tenu de la grande complexité ukrainienne, on peut penser que ces combattants parlant le russe sont, soit des Ukrainiens russophones (comme le leader de Praviy Sektor lui-même), soit des Russes d’Ukraine, soit encore des Russes de Russie, comme ces nationalistes russes engagés dans le Régiment, dont nous avons décrit le cheminement idéologique. Que ces garçons-là en soit arrivés à considérer que la meilleure façon de défendre l’identité russe était de s’engager dans un régiment ukrainien jette évidemment un voile de suspicion supplémentaire sur l’actuelle politique du Kremlin. Et ceux qui, à l’extrême droite, idéalisent Poutine et pensent qu’il « va venir nous sauver » se trompent probablement lourdement : d’une part parce qu’il est toujours mauvais de compter sur les autres, d’autre part parce que la réaction et l’engagement des nationalistes russes dont nous venons de parler devraient quand même les amener à faire preuve d’un peu plus de discernement. A notre sens, il n’y a donc pas lieu d’idéaliser Poutine et sa politique. Il faut la juger au cas par cas : satisfaisante en Syrie, nullissime à Gaza et détestable en Ukraine, par exemple. Est-il donc si difficile de passer de l’idéalisation à l’analyse objective ?

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