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UKRAINE : LA TRAGÉDIE ET CEUX QUI EN PROFITENT, VUS PAR GABRIELE ADINOLFI

30 Juin 2015 , Rédigé par forumsi Publié dans #La crise ukrainienne depuis fin 2013

UKRAINE : LA TRAGÉDIE ET CEUX QUI EN PROFITENT, VUS PAR GABRIELE ADINOLFI

Revenons-en maintenant à la crise ukrainienne…

Extrait du site italien d’information en ligne NoReporter, le 11 juin 2015 à 1 heure 4 (article de Gabriele Adinolfi)

« ENCORE L’UKRAINE

« Une mise en jeu entre farce, tragédie et restructuration

« Obama a affirmé que les leaders du G7 ‘’avaient envisagé des mesures additionnelles’’ contre la Russie, qui, en mars 2014, décida d’annexer la péninsule ukrainienne de Crimée, décision critiquée par l’Occident. Au G7, ‘’il y a consensus pour admettre que la Russie se doit de respecter les accords de Minsk’’, a-t-il également indiqué. Il a ensuite ajouté que ‘’Poutine a choisi de demander à l’économie russe le maximum de ce qu’elle peut fournir’’, soulignant que, dans le même temps, les sanctions de la communauté internationale avaient pour effet d’affaiblir cette même économie. Il a, pour finir, agité la menace d’une aggravation des sanctions, jouant ainsi un jeu déplaisant face auquel la Merkel a continué à faire bonne figure.

Tel est le tableau officiel. Passons maintenant à la véritable partition.

Ukraine

Le sujet ne l’intéresse pas, ni lui, ni personne. Une situation impossible a été portée à ébullition, et toutes les parties en sont gravement responsables. Si Soros et les Anglais en ont fait plus que les autres, la gestion russe y est également pour quelque chose, avant et après Maïdan.

Pendant que l’on se perd dans des débats pour savoir quelle partie soutenir (laquelle, lorsqu’il s’agit de la minorité séparatiste russophone, devient, comme le disent les intéressés eux-mêmes, celle des « partisans » d’autrefois), on perd la vision d’ensemble. L’Ukraine est sacrifiée au travers de ses deux composantes, et elle l’est pour empêcher que, d’un accord germano-russe, puisse naître un futur européen différent de celui voulu à Wall Street et à la City.

L’Ukraine sert à mettre en échec tout accord germano-russe, mais personne, à l’Ouest, ne s’est, jusqu’à présent, véritablement indigné pour marquer son soutien à Kiev. En réalité, on est beaucoup plus ferme avec Poutine à propos des Pussy Riot qu’en ce qui concerne l’annexion de la Crimée.

Balançoire

Deux choses sont finalement en jeu : le rééquilibrage européen, dont Berlin s’est fait le champion, d’une part, et, d’autre part, une vision de la culture quotidienne sur laquelle Berlin se situe fanatiquement à l’opposé de Moscou. C’est dans ce jeu de balançoire que se déroule tout le reste. Qui, s’il est héroïque, épique et tragique dans sa dimension locale, n’est, par contre, qu’instrumentalisation de la part de tous ceux qui le commentent ou en jouent.

Stratégiquement, la tentative de saboter tout accord venait des Anglais, qui entendaient récupérer l’influence perdue dans la Baltique et en Pologne. Grâce à de véritables chefs-d’œuvre de diplomatie, Berlin a réussi à déminer la situation à deux reprises et à mettre en place les accords de Minsk qui, d’un certain point de vue, constituent, eux aussi, un chef d’œuvre. Le contrecoup en a été la victoire de la droite en Pologne, qui risque d’attiser un foyer qui ne demandait qu’à s’éteindre.

Il y a également, à l’heure actuelle, une sorte de lock-out militaire de la part de Kiev et de Moscou, qui implique, dans la recherche affichée d’une position équilibrée, la promotion par l’Allemagne de sanctions suicidaires. Car tel est le prix à payer pour maintenir des relations ouvertes.

Espaces économiques

Tout ceci se produit au moment même où l’on cherche, y compris -et peut-être surtout- du côté allemand, à résister, au moins partiellement, à la conclusion d’un Traité transatlantique et à essayer de s’ouvrir à l’Espace eurasiatique.

Les sanctions, en tant que gage automutilant donné afin de maintenir intact l’effort diplomatique, représentent, par conséquent, un élément important, qui ne provoque pas tant de dommages à l’économie russe qu’à celle de l’Europe. Car la Russie a non seulement intensifié ses rapports avec les autres pays de la zone des BRICS (que l’on encense tant aujourd’hui, mais qui n’en représente pas moins un guêpier, voire un cloaque), mais aussi avec les Américains qui, ne serait-ce qu’en organisant des triangulations, et alors que l’embargo règne en Europe, ont quasiment doublé leurs exportations en direction de Moscou.

En somme, tout ceci ressemble à une mauvaise blague !

Le maillon faible

Or, cet état des choses pourrait être évité, d’une part avec un peu plus de courage du côté des Européens et, d’autre part, avec un peu plus de bon sens du côté des Russes. Car la situation ainsi décrite est cause de dommages qui touchent d’abord l’Europe, et en particulier l’Allemagne, la Russie n’étant atteinte que beaucoup plus modérément ; quant aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, ils en profitent pleinement.

Mais la Russie, contrairement à la présentation qu’en donne la presse libérale et à celle que s’en font les irréductibles de notre camp, est un pays alter-oligarchique, aux composants divers, bondé d’intérêts impudiques et dont on peut être certain qu’ils spéculent sur les sanctions et sur les investissements chinois et américains. Pris entre deux feux, celui de ces intérêts, d’une part, et, d’autre part, celui des fanatiques nationalistes, tout en étant obligé, pour échapper aux problématiques internes, de chercher une cohésion émotive sur le plan de ce qui est présenté comme une menace internationale, Poutine est « flottant », lui aussi. Sa tactique d’endiguement permet à la Russie de subir moins de dommages que l’Allemagne et les autres pays d’Europe occidentale, mais n’est pas porteuse de solutions approfondies, qui ne peuvent pourtant pas reposer sur les seules épaules allemandes.

En conclusion

La situation est décourageante parce que, où que l’on se tourne, le système international apparaît comme un véritable cloaque ; ce qui prévaut, lorsque l’on se ainsi trouve dans une impasse, est le tempérament de chaque peuple. Et tout semble aller dans le sens d’un pourrissement accru, qui ne profitera qu’aux grands spéculateurs. Ce parce que les peuples continueront à s’exprimer selon leur génie propre. Ainsi, les Anglais, passés maîtres dans l’art de dévaster et dépouiller autrui. Ainsi, les Allemands, solides et tenaces. Ainsi, les Russes, fidèles à ce qu’ils sont depuis l’époque des tsars. Les autres n’existent pas, ou, quand ils existent, c’est pour servir de chair à canon.

L’ensemble se transforme ainsi en une offensive transnationale oligarchique, non sans d’importantes tentations bipartisanes. Tentations que ne connaît évidemment pas celui qui combat et qui meurt, lequel est regardé comme un idiot dans une optique utilitariste. Observer les choses de façon moins ignoble et plus posée est la seule façon de n’être ni une marionnette, ni un bouffon. Et de prendre conscience d’une réalité tragique qui domine nettement nos pitoyables farces, infestées d’un stupide rationalisme matérialiste. »

Traduit de l’italien par Forumsi

Le commentaire de ForumSi :

UKRAINE : LA TRAGÉDIE ET CEUX QUI EN PROFITENT, VUS PAR GABRIELE ADINOLFI

L’information, a priori stupéfiante, selon laquelle, en pleine période de « sanctions », les Etats-Unis avaient accru leurs exportations en direction de la Russie a été confirmée il y peu par un ancien ambassadeur de France à Moscou (dont les déclarations à ce sujet avaient été reprises par Novopress). Ce genre de situation, où l’on voit les Etats-Unis passer leur temps à culpabiliser l’Europe, dont les « sanctions » seraient insuffisantes, tout en développant leurs échanges commerciaux avec Moscou, est typique du nouveau Yalta mis en place à l’occasion de la crise ukrainienne. Elle doit être dénoncée sans relâche ! Comment se fait-il que l’Europe accepte d’être la seule perdante dans cette affaire ? Comment se fait-il que l’Allemagne, qui a effectivement montré un grand savoir-faire diplomatique ces derniers mois, accepte de voir perdurer une situation aussi injuste, pour elle-même et l’ensemble des autres pays européens ?

Ajoutons que l’objectif de la politique des « sanctions » est, non seulement de créer des difficultés économiques à l’Union européenne, mais aussi, comme nous le notions dans notre commentaire du 19 mai, de creuser un fossé de plus en plus profond entre l’Union et la Russie, afin de contrer toute velléité de rapprochement, qui pourrait être l’amorce d’une renaissance impériale européenne, entre l’une et l’autre. Pour sortir de cette situation de blocage, la seule voie possible est de considérer que, loin d’être un facteur de discorde entre l’UE et la Russie, l’Ukraine pourrait, bien au contraire, être le lieu d’un rapprochement et d’une entente durable entre une Union européenne libérée des manipulations des gnomes de Wall Street et une Fédération de Russie affranchie de son désastreux accord stratégique avec Israël et des menées spéculatives des milieux justement qualifiés d’ « alter-oligarchiques » par Adinolfi. Pour parvenir à un tel rapprochement, il faudrait, bien entendu, que l’UE et la Russie s’attachent à respecter l’indépendance et les réalités historiques d’une Ukraine que l’on ne doit certes pas chercher à rattacher à l’un ou l’autre des « blocs » artificiellement reconstitués, blocs dont la destruction serait, à l’évidence, la première des mesures à prendre dans le cadre d’une politique de salubrité européenne : est-il vraiment au-dessus des forces de nos diplomates d’aller dans la direction ainsi tracée ?

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