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UKRAINE, IRAK, ETC. : LE NOUVEAU YALTA SE PORTE BIEN !

3 Novembre 2014 , Rédigé par forumsi Publié dans #Vive l'Europe impériale !

UKRAINE, IRAK, ETC. : LE NOUVEAU YALTA SE PORTE BIEN !

Nous présentons ci-dessous de larges extraits d’un article très dense, paru en italien il y a déjà plus d’un mois, mais que nous avons pris le temps de traduire le plus correctement possible, tant il nous paraissait indispensable d’en saisir toutes les nuances et toute la richesse : nos lecteurs constateront qu’il reste d’une brûlante actualité.

Extrait du site italien d’information en ligne NoReporter, le 24 septembre 2014 à 7 heures 51 (article de Gabriele Adinolfi) :

« SI CE N’EST PAS UN AUTRE YALTA, ÇA Y RESSEMBLE BEAUCOUP…

« La rhétorique et la propagande se portent bien. Mais qu’en est-il des faits ?

Qui arme Kiev ?

Les Etats-Unis ont sèchement refusé d’armer Kiev et ce immédiatement après qu’Israël, dont l’influence est dominante dans ce type de trafic, eut lui-même refusé de le faire. Mais qui est donc le principal fournisseur d’armes du gouvernement de Kiev ? C’est le « Streit Group ». Ce nom pourrait faire penser à une compagnie anglaise ou américaine, mais telle n’est pas la réalité. Théoriquement canadien, ce groupe est en fait une propriété russe (…) ! …laquelle vend donc des armes à Kiev, c’est-à-dire à l’ « ennemi », pendant que Washington et Tel Aviv, qui, selon la version la plus répandue des événements, auraient conduit, en Ukraine, un assaut contre Moscou, se refusent à le faire.

Des ennemis qui volent sur les mêmes avions

En Irak, l’offensive atlantiste contre l’Etat islamique (EI), qui a sûrement comme effet collatéral l’attaque des positions sociales-nationales [NDT : celles des baasistes, eux-mêmes en conflit avec l’EI, comme indiqué dans notre commentaire du 28 juillet] et a comme objectifs réels le contrôle des voies d’acheminement actuelles du gaz et, ultérieurement, des installations d’extraction du gaz de schiste, sans oublier celui de la filière kurde du trafic de drogue, utilise des avions russes pour le transport des troupes mises en œuvre [NDT : l’auteur vise certainement là les « forces spéciales », qui sont opérantes, même s’il n’y a pas, en principe, de « troupes au sol »]. Du reste, Rasmussen, au dernier sommet de l’OTAN, a parfaitement exprimé quelle était la portée de l’actuel « conflit » Est-Ouest : « Pour le moment, nous ne pouvons plus considérer la Russie comme un partenaire stratégique de l’OTAN, mais nous espérons que cela va changer rapidement ». Comme signal d’un choc de civilisations et comme préambule à une guerre thermonucléaire, on peut faire mieux !

Bizarres, ces « sanctions »

Les « sanctions » sont-elles dirigées contre la Russie ou contre l’Europe ? Mis à part le fait qu’elles soient intervenues seulement après qu’eut été inauguré l’espace économique dit « eurasiatique » et que, par conséquent, elles pouvaient être contournées par une triangulation commerciale mettant en jeu le Kazakhstan, chose que l’on n’a pas encore comprise dans l’Italie des soi-disant « malins », elles nous créent plus de dommages qu’à Moscou, laquelle, en l’occurrence, a gagné beaucoup plus qu’elle n’a perdu, grâce à des accords avec Pékin, Riyad et Tel Aviv, lesquelles finiront par nous dépouiller totalement en prenant notre place.

Bizarre, cette « révolution »

Le gouvernement de Kiev est composé des mêmes oligarques que ceux qui étaient en place avant l’insurrection de Maïdan, occupant des postes obtenus au temps où Moscou commandait, tout en même temps prorusses et pro-occidentaux, ou, si l’on préfère, cosmopolites, liés aux magnats de l’Est et de l’Ouest, cosmopolites eux aussi (…). La partition de l’Ukraine s’est réalisée au seul avantage de la Russie, laquelle contrôle les zones riches et stratégiques et nous laisse les canards boiteux, auxquels elle était contrainte de verser d’onéreuses subventions qui, maintenant, vont être à notre charge. En outre, la balkanisation de l’Est, qui touche des zones de future exploitation de ressources énergétiques, permettra aux compagnies (…) internationales de s’en assurer un ferme contrôle -l’instabilité étatique étant toujours bénéfique pour le capital apatride- et à la Russie d’encaisser encore plus sur le gaz qu’elle vend à l’Occident. Le tout dans la perspective d’un partage obligé des zones de ressources énergétiques au lendemain de la grande offensive américaine qui les a bouleversées et d’un rééquilibrage de la situation grâce à l’obtention, en provenance de l’Occident, des capitaux et savoir-faire nécessaires à l’exploitation des gisements en profondeur, y compris de ceux qui, géographiquement un peu trop dispersés en Russie, présentent des difficultés d’exploitation.

Partez en guerre, que nous vous armions !

La crise économique mondiale avait entraîné une réduction des dépenses d’armement, aussi bien à Moscou qu’à Washington. Aujourd’hui, au contraire, les Etats-Unis annoncent qu’ils vont les augmenter. La tension en Ukraine leur en a fourni le prétexte. Poutine, quant à lui, a joué avec une très grande habileté : il pouvait réaliser la partition dès fin mars, en occupant tout ce qu’il avait décidé de faire sien, mais il a préféré attendre septembre, de façon à faire monter la tension et à faire croire à un conflit. L’Occident n’a pas été en reste : si Kiev était entrée dans l’OTAN, l’invasion russe eût été problématique ; on ne lui a donc offert qu’une association avec l’UE. Si les deux « ennemis » ne sont pas le Chat et le Renard, ils leur ressemblent beaucoup. La crise s’est condensée en Ukraine, mais les armes vont surtout ailleurs. Sur le front des pays exportateurs, les champions sont les Etats-Unis et la Russie, qui, ensemble, approchent les 60 % du chiffre d’affaires mondial des ventes d’armes. Selon le SIPRI [NDT : Stockholm International Peace Research Institute], le flux d’armement est en augmentation, particulièrement en direction de l’Afrique, de l’Amérique, de l’Asie et de l’Océanie, alors qu’il est au contraire en diminution en direction de l’Europe.

L’Allemagne marginalisée au profit de la Grande-Bretagne

L’Europe subit encore une fois le jeu des puissances. La balkanisation ukrainienne a renvoyé l’Allemagne à l’écurie -alors qu’elle était, avec sa politique économique, énergétique et diplomatique en direction de l’Est, la locomotive de l’entente euro-russe, et ce depuis l’époque de Kohl- et, dans le cadre de la nouvelle Guerre froide, a remis Londres en selle, Londres qui a repris à son compte l’accord avec Varsovie et qui, avec la montée en puissance des faucons dans les régions charnières, est en train, désormais avec la complicité de Moscou, de désarticuler la politique d’entente entre l’Europe et la Russie.

Les changements d’humeur de Moscou

Jusqu’à 2013, et donc avant cette insurrection de Maïdan que Moscou n’a pas du tout cherché à empêcher, la Russie s’affichait comme le meilleur partenaire possible pour l’Europe. Elle soutenait l’euro à grands cris, jusqu’à faire de Strauss-Kahn un membre du conseil de surveillance du projet South Stream ; puis, peu à peu, et bien avant la révolte de Kiev, elle a changé ses orientations en s’adaptant aux nouveaux équilibres résultant de l’expansion américaine sur tous les fronts. Elle a conclu une alliance privilégiée avec Tel Aviv fin novembre 2013, initialement au détriment de la cause palestinienne, puis au nom de la vigilance mondiale contre toute forme d’antisémitisme et de révisionnisme historique à propos des fascismes. Elle a ensuite signé un pacte énergétique avec Israël -avec lequel elle s’est portée garante de la destination du pétrole sous-marin de Chypre- et avec l’Arabie séoudite. Enfin, elle s’est éloignée de la Chine, avec laquelle existent des motifs de convergence, mais aussi de profonds désaccords, en particulier à propos de la Sibérie. En somme, pour des raisons considérées comme sacrosaintes au regard des intérêts russes, Moscou a pris acte des changements internationaux et a procédé à une mutation politique, reprenant son rôle d’Autre Bloc, au moins pour ce qui concerne l’espace européen.

Cette obscène propagande antifasciste

Les Russes ne brillent pas par la flexibilité, ni par la séduction du « soft power ». Avec l’exhumation de la Guerre froide, ils sont mécaniquement revenus à toute la rhétorique bolchevique la plus fastidieuse, de la « Grande Guerre patriotique » à l’ennemi nazi (…). Toute cette croisade a été menée au nom de l’antifascisme et les ouvertures en direction des minorités européennes désireuses de soutenir la cause du Donbass se sont déroulées à Yalta, sous les auspices d’un « Soviet antifasciste de la Fédération russe ». « Bagatelles », dira-t-on ; peut-être, tant qu’on ne les voie pas et qu’on ne les respire pas…(…).

Lorsque l’on parle de Yalta, de quoi parle-t-on exactement ?

Que fut précisément le système de Yalta ? Non seulement un système de partition planétaire, mais aussi de confrontation régulée entre puissances, faite d’une complicité de fond, mais également de rivalités non négligeables ; et c’est ce qui réapparaît aujourd’hui, à travers tous les intervenants, qui se trouvent tout à la fois alliés et rivaux dans le même temps, selon le côté de l’échiquier où ils sont placés, dans cette situation de nouvel Ancien Régime où nous sommes aujourd’hui plongés et qui paraît directement inspirée du XVIIème siècle. Soutenir que nous sommes, au moins dans cette partie du globe, dans un Yalta 2, ne revient pas à affirmer qu’il n’y ait pas de rivalité entre Washington et le « Conlega Minor » [NDT : titre donné à certains préteurs dans l’Antiquité romaine] russe, ni que l’on ne doive pas agir dans la perspective de replacer ce dernier sur une ligne qui nous soit plus favorable et qu’il a aujourd’hui abandonnée. Je doute que les droites réactionnaires-populistes, qui ont accepté les invitations et financements russes pour entamer une coopération, entendent celle-ci d’un point de vue stratégique et non pas servile. En tout cas, leur attitude ne peut être admise que si elles l’inscrivent dans une perspective correcte et ne se rangent pas traîtreusement du côté des ennemis des camarades ukrainiens. Que les partisans de ces droites-là aient, de plus, une vision authentiquement européenne serait trop exiger de leur part…Pour le reste, souhaitons leur bonne chance, car ils valent quand même mieux, en tout cas, que ces Italiens qui, connaissant tout le sang versé et toutes les épurations menées en Italie au nom de l’antifascisme, ont osé s’asseoir sans sourciller, à la table d’un Soviet antifasciste [NDT : créé pour soutenir les insurgés de l’est de l’Ukraine] !

Si l’on ne rompt pas avec Yalta, on ne peut que le soutenir, qu’on le veuille ou non

Il faut rompre avec Yalta, sous peine le soutenir, en toute hypothèse. Car le système fonctionne de façon telle qu’être contre la Russie, par exemple, revient à soutenir Yalta et, par conséquent, à condamner l’Europe, c’est-à-dire, finalement, à se ranger du côté de Poutine, le tout dans un affrontement présumé qui n’a aucune existence réelle. L’Histoire se répète, même si c’est à un niveau inférieur et moins exaltant. Nous voici à nouveau devant la suggestion d’une opposition entre blocs, que l’on veut également présenter comme un choc de civilisations. La différence entre les civilisations ainsi mises en opposition est pourtant minime, faite de nuances infimes : nous subissons d’autres fast-foods, un autre melting-pot et d’autres oligarchies. En définitive, tout se résume, en fait de « choc de civilisations », à la question du mariage homosexuel, sur lequel la position de Moscou n’est guère différente de celle adoptée à Pékin, Ankara ou Budapest. A ce compte-là, si cette question du mariage homosexuel constituait le seul indicateur important, l’organisation de l’Etat islamique pourrait être considérée comme un modèle de civilisation…Mais l’essentiel n’est justement pas là : il est que, dans le système des blocs, ceux-ci ne s’affrontent nullement, mais se contentent de nous congeler ! Toutefois, la frénésie du tout et tout de suite, la souffrance existentielle et les logiques de la société du spectacle induisent souvent à transformer les ombres chinoises en réalités et à raisonner en conséquence. Il n’en reste pas moins que, si les données préliminaires sont erronées, on ne peut, par la suite, que se tromper et errer, justement, comme les ombres. De même qu’il fut un temps où les communistes déliraient à propos de l’Union soviétique, la tendance est aujourd’hui de se laisser tromper en appuyant une présumée « cause russe » qui n’a pas plus de consistance que celle que soutenaient les communistes d’autrefois, avec cette circonstance aggravante que, ce faisant, on ignore délibérément les leçons des expériences passées.

Quand des rescapés de la RSI rejoignaient le Parti communiste…

(…) durant l’après-guerre, il y eut bien trente mille volontaires de la République sociale italienne pour s’inscrire au Parti communiste sur la base d’un « raisonnement » du même type. Trente mille, ce n’est pas rien ! En particulier si l’on considère que cette vague d’inscriptions survenait après les massacres de fascistes perpétrés par les partisans rouges. Ces anciens de la RSI s’inscrivaient au PCI parce que, n’approuvant pas les changements de camp du MSI, ils n’eurent pas la force, le courage et l’intelligence de tenir le coup comme le firent, à l’inverse, Massi et Pini [NDT : deux dirigeants du MSI qui combattirent son rapprochement avec les monarchistes] et finirent, en conséquence, par tomber sous les ordres de Togliatti et par condamner, post mortem, toute la direction de la RSI, c’est-à-dire, de fait, la totalité de leur propre passé. Trente mille fascistes au PCI, ce n’était pas rien, et pourtant, ils n’y produisirent aucun changement, ni aucune synthèse nouvelle, seulement une série de reniements progressifs de ce qu’ils avaient été. « Le fascisme est mort », disaient-ils. « Le fascisme ne meurt jamais », répondrais-je, avec Evola et Bardèche, parce qu’il est une manière d’être centrale, (…) indispensable comme boussole et comme axe pour définir n’importe quelle synthèse qui, signalons-le en passant, ne pourra, quoi qu’il en soit, être produite à l’aide des symboles obscènes de la subversion, ni au sein de la foule informe et tellurique d’une Horde privée de Khan. Il y a également des camarades volontaires dans le Donbass, dites-vous ? Il paraît qu’ils sont cinq…Ils sont certainement plus, mais assurément moins que les camarades engagés dans le camp opposé, où ne trônent pas étoiles rouges, symboles antifascistes et rhétorique des partisans de la Dernière Guerre ! Mais, seraient-ils trente mille eux aussi, que cela ne changerait rien. De même que n’a rien changé le choix opéré par les trente mille ex-Chemises noires, qui n’a servi, ni à produire une synthèse, ni à faire se confronter les deux camps, entre lesquels, disaient les intéressés, on ne pouvait pas ne pas choisir, y compris en sacrifiant sa propre identité et la fidélité au sang des camarades tombés au combat. Ils n’aboutirent à rien, pas plus que n’aboutirent à quoi que ce soit les communistes grecs, sacrifiés par Staline, lors de la guerre civile, sur l’autel des accords entre puissances qui, déjà, prévalaient sur tout. Aujourd’hui, quelques-uns sont partis, suivant ainsi les traces de ceux qui, alors, se trompèrent : honneur à leur courage ! On comprend les motivations qui les poussent, bien qu’elles soient également des constructions mentales qui se heurtent à la réalité des faits. Cette dernière parle clairement. Si l’on veut faire quelque chose, y compris pour la Russie, on doit rompre avec ce système infernal et non l’alimenter ! Et l’alimenter, c’est aussi entrer en révolte contre le père et contre le frère, c’est-à-dire ouvrir la porte vers d’autres dimensions qu’il y a lieu d’éviter scrupuleusement. Mais, pour cela, il faut avoir une mémoire et se relier à l’ordre imperturbable, chose ardue de nos jours, alors que la présence à soi-même est plus nécessaire que jamais.

Traduit de l’italien par ForumSi

Le commentaire de ForumSi :

UKRAINE, IRAK, ETC. : LE NOUVEAU YALTA SE PORTE BIEN !

Il y a évidemment une foule de choses à retenir de ce texte très dense, qui vient développer de façon très complète les observations que nous avions soulignées dans notre commentaire du 4 septembre. Si l’on s’intéresse, pour commencer, à certains détails, on relèvera tout d’abord cette information, a priori extraordinaire, selon laquelle le groupe industriel canadien qui fournit des armes aux forces ukrainiennes est la propriété de capitalistes...russes ! Cette première information illustre à elle seule toute la duplicité du nouveau Yalta, qui ne le cède donc en rien à l’ancien. On avait déjà remarqué que, malgré toutes leurs rodomontades, l’OTAN et les Américains n’avaient pas levé le petit doigt pour aider l’Ukraine à renforcer son équipement militaire : que celle-ci ait dû le faire en faisant appel à un groupe contrôlé par des Russes en dit long sur la façon dont fonctionne un système dont la réalité n’est jamais celle que claironnent les gros médias, ainsi que sur la subtile répartition des rôles entre les deux “blocs” soi-disant antagonistes.

Le second élément important est, à notre avis, cette constatation que les “sanctions” contre la Russie édictées par l’Union européenne, sous la pression des Etats-Unis, en réaction à la politique russe en Ukraine, ne font qu’une seule victime : l’Union européenne elle-même, qui en pâtit fortement sur le plan économique, comme le montre, par exemple, l’effet de ces sanctions sur la situation des exploitations agricoles françaises (cf. notre commentaire du 20 septembre).

Ces deux exemples montrent à l’évidence que nous sommes ici en présence d’un système particulièrement pervers, qui n’a pu se mettre en place qu’à partir du moment où la Russie rompait avec la politique qui avait été la sienne ces dernières années, politique de paix et d’équilibre dont les résultats les plus spectaculaires avait été obtenus dans l’affaire de l’utilisation de gaz de combat en Syrie et dans le désamorçage des provocations israéliennes concernant le prétendu danger nucléaire iranien. Comme le rappelle Gabriele Adinolfi qui, a notre connaissance, a été le premier observateur européen à signaler l’événement lorsqu’il s’est produit, la rupture radicale de la politique russe, qui est un événement absolument central, s’est produite fin novembre 2013, lorsqu’elle s’est rapprochée d’Israël. Il semble que Moscou ait alors décidé de céder aux avances des dirigeants sionistes, mécontents de l’attitude d’Obama et désireux d’avoir un second fer au feu, celui des Américains ne leur paraissant plus totalement fiable...

Mais, si l’on comprend bien les motivations des sionistes, quelles peuvent être les “raisons sacrosaintes” qui ont ainsi amené la Russie à céder à l’appel des sirènes israéliennes, lesquelles sirènes ne sont certainement pas d’un charme irrésistible ? C’est pour l’instant difficile à dire. Peut-être Poutine a-t-il cru d’habile politique de glisser un coin entre Israël et son historique allié américain, en imaginant, par exemple, qu’un affaiblissement des soutiens communautaires à la politique américaine en résulterait, qui pourrait être bénéfique pour la Russie ? Toujours est-il que cette dernière s’est à nouveau retrouvée dans son rôle de “bloc”, qui plus est en acceptant de jouer une nouvelle fois le rôle du “méchant” dans le remake du mauvais film hollywoodien que l’on nous repasse aujourd’hui, et que son changement radical de politique est très clairement apparu lorqu’elle n’a pas élevé la moindre protestation lors de la récente agression sioniste contre Gaza (cf. notre commentaire du 3 septembre).

Comme le remarque fort justement Adinolfi, les blocs ainsi reconstitués ne s’affrontent nullement : ils “se contentent de nous congeler” ! Rompre avec le système des blocs reconstitué, pour échapper à la congélation, telle est, actuellement, l’urgence numéro un pour l’Europe. Mais comment rompre avec le système ? Pour en avoir une idée, on peut reprendre l’exemple de la Palestine, honteusement lâchée par la diplomatie russe lors de la dernière agression israélienne. Dorénavant, que l’on soit pour le bloc de l’Est (Moscou) ou celui de l’Ouest (Washington), on se retrouve mécaniquement contre la Palestine, probablement, d’ailleurs, de façon plus nette dans le cas du premier bloc que dans celui du second. Il s’agit là, à l’évidence, d’une nouvelle illustration, particulièrement frappante, de la façon dont fonctionne le système : que l’on prenne parti pour l’un ou l’autre bloc, on ne sert que les intérêts sionistes et on contribue à alimenter un système dont l’une des principales finalités est de conserver l’Europe en état de congélation. Pour sortir de ce piège, la solution est elle-même parfaitement évidente : si l’on continue à raisonner avec l’exemple de la Palestine, il ne fait aucun doute que l’élément principal de cette solution repose ici sur un soutien appuyé de l’Union européenne à la cause palestinienne, non seulement parce que cette cause est totalement juste, mais aussi parce qu’il s’agirait là d’un levier puissant pour soulever la dalle étouffante du nouveau Yalta, y compris en attirant l’attention de la Russie, grande nation européenne, sur l’erreur stratégique qu’elle a commise en se rapprochant d’Israël. Il s’agirait, au fond, de renouer avec une diplomatie authentiquement européenne, c’est-à-dire que l’Europe accepte enfin d’être elle-même et cesse de servir les intérêts de ceux qui l’asservissent : est-ce si difficile ?

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