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HISTOIRE DU FASCISME : MARGHERITA SARFATTI VUE PAR FR3

25 Septembre 2014 , Rédigé par forumsi Publié dans #Casapound

HISTOIRE DU FASCISME : MARGHERITA SARFATTI VUE PAR FR3

Dans notre article du 20 juin consacré à une visite au siège de la Casapound à Rome, nous signalions que ses murs intérieurs étaient ornés de nombreuses photos des diverses personnalités dont se réclament les fascistes italiens d’aujourd’hui. Nous avions cité certaines d’entre elles, mais il était impossible de les nommer toutes. Au nombre de celles que nous n’avions pas citées, il y avait Margherita Sarfatti, dont plusieurs photos figurent en bonne place dans l’enceinte de la Casapound : mais qui était donc « la » Sarfatti, comme disent les Italiens ?

Issue d’une riche famille juive vénitienne, elle s’éloigna très vite de son milieu bourgeois pour militer dans les rangs des socialistes, quelques années avant la Première Guerre mondiale. Elle y fit la connaissance de Benito Mussolini, alors l’un des principaux dirigeants socialistes en Italie et animateur du courant le plus révolutionnaire du socialisme italien. Très révolutionnaire elle-même, Margherita Sarfatti se rallia à ce courant et devint rapidement la maîtresse passionnée de Mussolini -leur liaison devait durer plus de 20 ans !- dont elle admirait profondément l’énergie et les talents de meneur d’hommes. Par la suite, elle suivit son amant dans sa campagne pour l’intervention de l’Italie contre les Empires centraux, campagne d’où devait naître le fascisme, une fois la Grande Guerre terminée.

La Sarfatti (au premier rang sur la photo ci-dessus, prise lors d’une manifestation culturelle, au début des années Vingt ; Mussolini, jeune président du conseil, y figure également, au premier rang à gauche, qui semble regarder son haut de forme avec une certaine perplexité…) joua ultérieurement un rôle non négligeable dans le développement idéologique, stratégique et tactique du fascisme, en particulier après que Mussolini eut été nommé président du conseil, à la suite de la Marche sur Rome (cf. notre article du 27 octobre 2013). C’est donc avec un certain intérêt que nous attendions le documentaire que lui consacrait un certain Salfati, le 19 septembre à 23 heures 15, sur FR3. Un intérêt toutefois teinté de méfiance, avouons-le, car l’émission de ce documentaire avait été annoncée par un long article, totalement ridicule, du Figaro, dans lequel Mussolini était présenté comme une simple créature, absolument dépourvue de personnalité, de Margherita.

Nous nous attendions donc au pire, et pourtant, le pire ne fut pas au rendez-vous, le documentaire de Salfati se révélant intéressant, malgré les inévitables commentaires politiquement corrects et platement antifascistes. Deux points, cependant, méritent d’être redressés, sur lesquels le documentaire cède au mythe d’une Sarfatti manipulant un Mussolini totalement sous le charme de sa maîtresse : il s’agit, d’une part, de la campagne pour l’intervention aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, et, d’autre part, du déroulement de la Marche sur Rome. Pour opérer les redressements nécessaires, nous nous appuierons sur le volumineux ouvrage, très inégal mais aussi très fouillé, que l’historien Pierre Milza, professeur à Sciences-Po Paris, a consacré à Mussolini.

Concernant, tout d’abord, la campagne menée, après le déclenchement de la Grande Guerre, pour l’intervention de l’Italie aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne, le documentaire de Salfati nous présente une Sarfatti très remontée contre les Empires centraux et un Mussolini totalement sur la réserve, partisan résolu de la neutralité italienne, que la première allait convaincre finalement de militer pour l’intervention, grâce à la force persuasive de ses convictions. La réalité est bien différente.

DE L’INTERVENTIONNISME DE GAUCHE AU FASCISME

Nous ne prendrons pas parti en ce qui concerne les opinions initiales de la Sarfatti en faveur de l’intervention, ne disposant d’aucune information spéciale à ce sujet. Quant à l’attitude de Mussolini, elle peut être résumée de la façon suivante :

-au début de la guerre, celui-ci, en homme de gauche convaincu, est hostile à l’intervention, par pacifisme ;

-puis, progressivement, il se rend compte que, en restant en dehors du conflit, l’Italie risque de passer à côté de l’Histoire, qui se fera sans elle (il refera, notons-le, un raisonnement du même type en 1940) ; par ailleurs, des terres italiennes, les terres « irrédentes », sont encore sous domination austro-hongroise, qu’une intervention italienne dans la guerre pourrait ramener dans le giron de la mère-patrie ; enfin, et l’on se trouve là en face d’un raisonnement de type léniniste, la guerre peut engendrer de profonds bouleversements sociaux et favoriser cette révolution que Mussolini appelle de ses vœux (de ce qui est un mal aux yeux de ce pacifiste peut sortir un bien : la révolution sociale) ;

-ces trois considérations (où la dernière n’est qu’une conséquence mécanique des deux premières) vont amener ce dernier à opter, finalement, pour l’intervention aux côtés des Alliés ; on notera que Mussolini obéit ici à des motifs à la fois nationaux (éviter la marginalisation de l’Italie et récupérer les terres irrédentes) et sociaux (œuvrer pour la révolution), dont l’alliance, légitimée par une démarche idéologique originale, sera, à l’avenir, la marque de fabrique du fascisme.

Telle est la démarche de Mussolini, qui ne doit rien, comme on le voit, à la Sarfatti, mais résulte du seul raisonnement du futur président du conseil et Duce du fascisme. Mais une fois cette démarche aboutie, ce qui est certain, c’est que lui et Margherita vont mener, ensemble, une vigoureuse campagne pour l’intervention, qui aboutira à l’entrée en guerre de l’Italie en 1915. Mussolini et la Sarfatti devinrent ainsi les leaders de ce que l’on nomma l’ « interventionnisme de gauche », auquel devaient se joindre les syndicalistes révolutionnaires et les futuristes, et qui, avec l’apport des arditi, sera la matrice du fascisme. On rappellera que leur campagne interventionniste fut assombrie par un drame qui devait affecter profondément les deux amants : la mort au combat du jeune Roberto, fils de Margherita. Celui-ci avait été très marqué par les articles de sa mère et du futur Duce en faveur de l’intervention et, une fois celle-ci déclenchée, il se démena pour s’engager, alors qu’il n’avait pas l’âge requis pour cela. Avec l’accord de Margherita, il tricha donc sur son âge et réussit à être incorporé dans l’armée italienne. Il devait être tué par un tir de mitrailleuse ennemie, lors de l’assaut d’une position austro-hongroise. D’Annunzio salua le sacrifice du « jeune camarade » avec émotion et le couple Mussolini-Sarfatti, totalement bouleversé, se radicalisa encore plus.

Pour ce qu’il en est, par ailleurs, du déroulement de la Marche sur Rome, le documentaire de Salfati reprend à son compte cette légende stupide selon laquelle Mussolini aurait été tenté de négliger, lors de la Marche, son rôle de dirigeant révolutionnaire, au profit d’une escapade amoureuse avec Margherita, cette dernière refusant cette proposition incongrue pour ramener le dirigeant fasciste sur le droit chemin du processus de prise du pouvoir. Tout ceci est, bien évidemment, totalement inepte : dans son ouvrage, Milza montre au contraire que Mussolini avait préparé la Marche et ses conséquences dans les moindres détails, et qu’il pensait certainement à autre chose, à ce moment-là, qu’à passer du bon temps avec sa maîtresse…Il est dommage que le documentaire ait ici repris à son compte une légende infondée, de même qu’est totalement infondée, totalement fausse et totalement inepte, la thèse d’un Mussolini présenté comme la créature falote d’une Margherita manipulatrice. La vérité est bien différente : si Mussolini, « homme couvert de femmes », pour reprendre une expression de Drieu La Rochelle, était sensible aux formes généreuses de la Sarfatti, il l’était aussi à son intelligence et à sa culture, d’où il résulta qu’il prit, dès le début de leur relation, l’habitude de débattre avec elle des dossiers complexes qu’il avait à étudier et des décisions difficiles qu’il avait à prendre. On est donc loin d’une manipulation : la vérité est celle d’une collaboration régulière et d’une étroite complicité, celle qui amène le documentaire de Salfati à dire que les articles de Mussolini dans Il Popolo d’Italia étaient souvent écrits « à quatre mains ».

Malgré ses imperfections, on retiendra que ce documentaire avait toutefois le mérite de rappeler le souvenir d’une femme d’exception : militante et femme de culture, maîtresse passionnée et proche collaboratrice de Mussolini, théoricienne de ce que Drieu La Rochelle, encore lui, appelait le « socialisme fasciste », Margherita Sarfatti, même si elle finit par s’éloigner du Duce, a effectivement sa place, toute sa place, dans le panthéon des grandes références de la Casapound.

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